Tieffelin

Tieffelin

algré ma qualité de simple étranger en cette cour lointaine, mes amitiés avec la magistrate lettrée Gao Mei me valurent le privilège d'être invité à un banquet organisé en l'honneur du général victorieux Fu Jiang dans le palais des huit vertus célestes. J'avais traversé une cour monumentale gardée par des dizaines de soldats à l'air farouche, aussi immobiles et solennels que des statues. Je discernais les murailles de la forteresse, surveillées par un impressionnant dispositif. Même à l'intérieur de la grande salle de réception, où nous étions au moins deux cents attablés, je sentais les regards de ceux qui restaient dans l'ombre, parfois déguisés en serviteurs, mais manifestement dangereux. Ils me semblaient scruter les moindres détails, comme s'ils craignaient qu'un inconscient se levât, dégainât un poignard dissimulé, franchît les trente mètres qui le séparaient de la table d'honneur, et parvînt à assassiner le conquérant.

Cette atmosphère pesante fut à grand-peine chassée par une troupe de baladins, parmi lesquels des acrobates et des musiciennes fort talentueuses. Les mets étaient d'une délicatesse telle que je n'aurais pu les imaginer sur les meilleures tables d'Ellerìna. Malgré le faste qui nous entourait, je devinais que beaucoup partageaient une sourde angoisse, mais j'en ignorais la cause. Décidant que les problèmes du Shi-huang ne me concernaient pas, je résolus de passer une agréable soirée. Les liqueurs qui étaient généreusement dispensées contribuèrent à rendre mes voisins plus gais. Je m'entretins agréablement avec un fonctionnaire chargé des archives.

Alors que la soirée se terminait et que la nuit était bien avancée, il proposa de me montrer quelques-uns de ses trésors. Nous nous éloignâmes, passant par des couloirs plongés dans l'obscurité. Arrivés devant une porte fermée, mon guide – ivre – se rendit compte qu'il lui manquait la clef. Mais je n'écoutais déjà plus : mon attention avait été captée par une silhouette se faufilant dans les ténèbres. Je discernais un teint sombre, et surtout, des cornes. Une tieffeline ! Elle était entrée par effraction, en dépit de tout le dispositif de sécurité ! Comment ? Je n'attendis pas de trouver la réponse : je n'avais ni mes armes ni mon armure et ne tenais pas à tester ses capacités martiales. Je me repliais aussitôt pour appeler la garde.

À notre retour, il ne restait rien d'elle. Le fonctionnaire des archives ne comprenait pas la cause de l'agitation autour de lui, mais même lui cessa de bavasser quand nous découvrîmes dans un coin, une petite poupée de chiffon en robe noire avec un garrot autour du cou. C'était un avertissement explicite de la confrérie du Dernier supplice : ces fanatiques reviendraient, ils ne renonçaient jamais.

Extrait des mémoires de Mirë Lelyen, explorateur elenion

Les tieffelins semblent naître exclusivement de femmes humaines, comme si ce peuple avait une connexion innée avec les puissances maléfiques. Ceci résulterait de la capacité d'adaptation de cette espèce, laquelle peut s'exprimer pour le meilleur comme pour le pire. Les tieffelins eux-mêmes sont fréquemment stériles, semblant ne pouvoir engendrer que dans des conditions très particulières.

Le maudit

Tous les tieffelins ne naissent pas du fait de l'intervention directe d'un fiélon. Il suffit qu'une femme enceinte soit exposée à de la magie noire pour que l'enfant soit ainsi marqué. Il peut s'agir d'une malédiction, de l'influence pernicieuse d'un objet maléfique, du résultat du combat de la mère contre un sorcier... L'enfant n'a pas nécessairement une apparence monstrueuse : il pourrait fort bien n'avoir que des yeux de fauve (doré, la pupille fendue...), une chevelure d'une teinte atypique (blanche dès l'enfance par exemple) et des canines plus prononcées que la normale. Sa nature de tieffelin ne se révèle alors que par les capacités surnaturelles qu'il manifeste telles que connaître la langue des démons (ou des diables) sans l'avoir jamais apprise, ne pas se brûler, maîtriser un sort mineur inquiétant... Lui et sa mère risquent d'être rejetés, peut-être même pourchassés. De rage, le maudit se tournera-t-il vers le Mal ? Ou bien estimera-t-il être le mieux à même de combattre le feu par le feu, en oeuvrant au service du Bien ? N'est-il que l'expression de la corruption du monde, percevant ses stigmates comme une fatalité à laquelle il cherche à ne pas penser ?

Un agent sur Eana

Les sorcières frayant régulièrement avec diables ou démons se voient souvent offrir ou imposer des relations charnelles avec leur interlocuteur. L'encart « Le géniteur » présente les situations habituelles. Dans tous les cas, la mère d'un tieffelin est profondément marquée par cette expérience. Il n'est de surcroît pas rare qu'elle devienne stérile à l'issue de cette grossesse. Son enfant peut être un trésor, le fruit d'années de travaux acharnés, ou bien une malédiction honteuse. Les tieffelins issus de telles circonstances sont souvent vus par leurs parents (l'un, l'autre ou les deux) comme des outils au service d'un projet. Y adhéreront- ils ? Chercheront-ils à se libérer ?

La bienveillance ambiguë de Xonim

Xonim est l'ambivalente dame de la nuit, déesse magicienne, inquiétante et manipulatrice. Il est pourtant de renommée publique qu'elle affectionne les tieffelins. On dit qu'elle exauce volontiers leurs prières, leur permettant par exemple d'échapper à leurs poursuivants. Mais les présents qu'elle fait, sont-ils vraiment dénués de contrepartie ?

L'intuition du Mal

Les tieffelins savent intuitivement parler la langue de leur géniteur fiélon, parfois même avant celle de leur parent humain. Dès l'enfance et sans apprentissage, ils connaissent le sort mineur thaumaturgie. Il semble parfois aussi que les rêves et même des visions fugitives les avertissent d'intentions maléfiques. Quel est le sens de cette intuition du Mal ? Est-ce un appel pour pousser le tieffelin à rejoindre les armées maléfiques ? Est-il possible d'utiliser cette intuition pour empêcher des catastrophes ?

Le géniteur

Les géniteurs fiélons, même quand ils ont habituellement un aspect féminin, sont capables de féconder celle qu'ils ont choisie pour porter leur rejeton.

Le joueur choisit s'il sera lié aux diables ou aux démons ; le meneur détermine la nature exacte du géniteur. Vous trouverez plus d'informations sur les diables et les démons dans Bestiaire et Arcanes.

Voici les diables les plus fréquemment impliqués et le statut du tieffelin qui en découle :

  • Hospodar. Les dirigeants diaboliques, comme les autres puissances, peuvent décider de se manifester sous la forme d'une hypostase, c'est-à-dire une incarnation éphémère d'une partie de leur essence, adoptant une forme appropriée à une intervention ponctuelle sur Eana. Quand ils agissent de la sorte, ils ont toujours un plan et l'enfant fait l'objet de toutes les attentions de son géniteur qui fera en sorte de l'utiliser au mieux pour ses plans machiavéliques. Pour des sectateurs, l'enfant d'un hospodar a la valeur d'un messie.
  • Turtânu (diantrefosse). Ils ne s'accouplent qu'à l'occasion de rituels rares et requérant de grands pouvoirs. Pour nombre de sectateurs, le rejeton d'un diantrefosse est un cadeau précieux, l'équivalent d'un prince. Le respect qui est dû au tieffelin parmi les diables est conditionné par celui qui est accordé à son géniteur.
  • Qarnu (diable cornu). Le diable cornu est le géniteur le plus commun des tieffelins, au point d'être à l'origine du stéréotype leur attribuant des cornes et une queue. Toute sorcière, même occasionnelle, est susceptible de se voir proposer un tel arrangement. Les motivations des diables en revanche sont peu claires : asseoir leur emprise psychologique sur la mortelle qui leur confie son âme, répandre le Mal par la génération de rejetons… Ces tieffelins ne semblent pas faire l'objet de trop fortes attentions, ce qui les rend bien plus libres de leur destinée que d'autres.
  • Harharru (diable des chaînes). Les diables des chaînes sont les inspirateurs des bourreaux et des geôliers. Ils s'en prennent parfois aux prisonnières de leurs protégés, le viol faisant partie des sévices infligés. Autant dire que les tieffelins de harharru ne bénéficient pas forcément d'une grande estime parmi la population de la Fournaise et sont facilement traités de fils ou filles d'esclave.

Les réactions à l'égard des tieffelins nés de démons sont plus imprévisibles du fait de l'importance du Chaos dans la nature de ces êtres. Voici les cas de figure les plus courants :

  • Prince. De la même manière que les hospodars, les princes peuvent s'accoupler grâce à une hypostase ; en revanche leurs motivations sont moins évidentes. Ils semblent pouvoir aussi bien désirer un pion sur Eana que réellement éprouver de l'attachement pour certains mortels en dépit de leurs projets destructeurs.
  • Marilith. Démon serpentiforme souvent au service de Liridem l'amer ou d'Akhlitôl la vengeresse. Ce faisant, elle offre ses tieffelins à son prince qui l'utilise directement comme agent dévoué. Parfois elle garde un enfant, quand il peut servir ses propres ambitions, liées à son existence sur Mélancolia ou à sa vie passée dont elle garde des souvenirs tourmentés. Le tieffelin sera généralement marqué par des écailles de serpent sur une partie du corps, parfois par une langue fourchue.
  • Glabrezu. Le conseiller perfide et subtil des puissants se sert de ses rejetons comme d'agents dans le jeu des trônes. Ses tieffelins pourront bénéficier durablement d'aide et de conseils avisés, avant d'être sacrifiés sans état d'âme quand cela servira les ambitions d'un mortel prometteur lié au démon, ou bien que la situation sera suffisamment passionnante pour satisfaire son sens du spectacle tragique. Les tieffelins de glabrezu sont parfois confondus avec ceux des diables cornus pour ce qui est de l'aspect physique.
  • Incube et succube. Ces démons sont connus pour semer des tieffelins par accident. Leurs rejetons sont réputés pour leur beauté et peuvent souvent passer sans peine pour des humains. Dans certaines contrées marquées par les crimes de ces fiélons, un physique par trop remarquable est considéré comme un danger et peut motiver une enquête, voire un procès en sorcellerie. Certaines légendes affirment que les tieffelins de succube et d'incube sont voués à ne connaître que des amours malheureuses.

Traits des tieffelins

Les tieffelins partagent un certain nombre de traits résultant tantôt de leur ascendance diabolique ou démoniaque, tantôt d'une influence maléfique subie par la mère au cours de la grossesse.

  • Augmentation de caractéristique. Votre valeur d'Intelligence augmente de 1 et votre valeur de Charisme augmente de 2.
  • Âge. Les tieffelins se développent au même rythme que les humains, mais vivent en moyenne quelques années de plus.
  • Alignement. Les tieffelins disposent du même libre arbitre que les autres espèces humanoïdes et choisissent en conséquence le Bien ou le Mal. Leurs motivations peuvent être liées à leur éducation ou l'expérience du rejet par la société. L'adhérence à la Loi ou au Chaos est là aussi le résultat d'un choix. En définitive, le tieffelin est toujours contraint de se positionner à l'égard de son géniteur fiélon et de l'humanité, ce qui l'amène à prendre des décisions tranchées, évitant généralement les positionnements neutres.
  • Taille. La taille et la carrure des tieffelins sont tout à fait comparables à celles des humains. Vous êtes de taille M.
  • Vitesse de déplacement. Votre vitesse de déplacement au sol de base est de 9 m.
  • Vision dans le noir. Grâce à votre héritage fiélon, vous êtes doté d'une vision supérieure dans les ténèbres et la pénombre. Dans un rayon de 18 m, vous voyez en conditions de lumière faible comme s'il s'agissait de lumière vive, et dans l'obscurité comme si la zone était faiblement éclairée. Vous ne discernez pas les couleurs dans l'obscurité, tout est en nuances de gris.
  • Résistance fiélonne. Vous bénéficiez d'une résistance aux dégâts de feu.
  • Héritier des ténèbres. Vous connaissez le sort mineur thaumaturgie. Lorsque vous atteignez le niveau 3, ce trait vous permet de lancer une fois le sort réprimande maléfique comme sort de 2e niveau (capacité que vous regagnez après avoir terminé un repos long). Lorsque vous atteignez le niveau 5, ce trait vous permet de lancer une fois le sort ténèbres (capacité que vous regagnez après avoir terminé un repos long). Le Charisme est la caractéristique magique associée à ces sorts.
  • Langues. Vous parlez, lisez et écrivez le commun ainsi que le diabolique ou le démoniaque, en fonction de votre historique. La pratique des langues fiélonnes est intuitive.

Vous trouverez ici des règles optionnelles pour rendre les tieffelins plus inquiétants et surprenants.

Sombres instincts

Si vous utilisez la règle optionnelle des sombres instincts, le tieffelin sera un être plus tourmenté, tiraillé entre sa bête qui le pousse au crime, et la dame de la nuit qui le protège de ses ennemis.

  • Résurgence maléfique. La nature profonde des fiélons les lie au Mal, et les tieffelins sont imprégnés de cette essence. Il sommeille en eux une bête malveillante, égoïste et avide de violence. Quand le tieffelin est en danger ou soumis à la tentation, la bête essaie de prendre un instant le contrôle pour lui faire commettre une mauvaise action. Le tieffelin doit effectuer un JS Sagesse DD 5. En cas d'échec, la bête intervient avec une action supplémentaire gratuite dictée par elle. Une fois que cette capacité est utilisée, la bête est incapable d'agir à nouveau avant que le tieffelin n'ait bénéficié d'un repos long.

Un rôdeur tieffelin pourrait s'interposer entre une bulette et sa victime. La bête refuse de risquer sa vie pour quelqu'un et tente d'imposer sa volonté. Si le tieffelin échoue au JS Sagesse, il effectue une reculade visible.Un roublard tieffelin détient un otage et l'utilise pour obliger un ennemi à se rendre. Sitôt que c'est le cas, la bête souffle au tieffelin d'égorger quand même l'otage.

  • Prière à Xonim. Vous savez pouvoir adresser vos prières à la déesse Xonim, la dangereuse protectrice des tieffelins. La prière est une action. Cette capacité, selon les circonstances aura un ou plusieurs effets parmi les suivants : effacer vos traces ; masquer votre odeur ; attirer les chiens à votre poursuite sur une autre piste ; provoquer un heureux hasard (une porte est opportunément ouverte pour vous, le geôlier laisse tomber une clef…) ; l'attention d'une sentinelle est attirée par quelque chose loin de vous. En pratique, vous bénéficiez d'un avantage au test de Dextérité (Discrétion) et vos adversaires subissent un désavantage au test de Sagesse (Perception). Le résultat est toujours subtil et paraît être un coup de chance. Vous seul savez qu'il n'en est rien. Cette capacité est regagnée après un repos long.
L'imprévisibilité des tieffelins

Chaque tieffelin est unique. Si le meneur souhaite accentuer l'aspect mystérieux de ce peuple, il peut utiliser la règle optionnelle de l'imprévisibilité des tieffelins et déterminer lui-même la liste des sorts innés afin qu'elle reflète les particularités uniques du géniteur fiélon. Voici les principes directeurs :

  • Un sort mineur au niveau 1.
  • Au niveau 3, le tieffelin connaît un sort du 1er niveau qu'il peut lancer comme avec un emplacement de sort de 2e niveau (capacité regagnée après un repos long).
  • Lorsqu'il atteint le niveau 5, il maîtrise un sort du 2e niveau lancé comme avec un emplacement de sort du 3e niveau (capacité regagnée après un repos long).
  • Le Charisme est la caractéristique magique associée à ces sorts.